Fourches patibulaires
«Les hautes justices locales, dit M. A. Champollion-Figeac
1,
pouvaient élever autant de fourches qu'elles désiraient en établir. Les
ordonnances du roi Jean, de 1345 et de 1356, paraissent suffisamment
l'indiquer. Mais le sage monarque Charles V y ajouta un privilége
nouveau pour certaines localités, celui d'avoir des fourches
patibulaires à deux piliers. L'abbaye de Cluny obtint cette permission
toute de faveur en 1360, au mois de septembre
2.
N'omettons pas un dernier fait, qui prouvera qu'il n'était pas permis
d'orner ces atroces instruments de supplice d'autres signes que ceux
que le roi voulait qu'on y plaçât. Le comte de Rhodez ayant mis ses
armes au haut d'une potence établie sur la place des Carmes de cette
ville, le sénéchal de Rouergue fut immédiatement informé que le roi
s'opposait formellement à ce qu'elles y fussent placées, et que le
comte serait traduit devant la haute justice du monarque. Il est vrai
que l'apposition du comte de Rhodez représentait, dans ce cas, une
prise de possession de la justice et de la place; mais c'était bien
mal, pour un seigneur du Rouergue, de choisir cette occasion de faire
parade du blason de ses armes,» C'était un privilége; le mal était d'en
user s'il n'en avait pas le droit.
À ce propos, et pour prouver jusqu'à quel point le roi était jaloux
de ses droits de juridiction, pendant le séjour des papes à Avignon, un
insigne malfaiteur, poursuivi par les officiers de la justice
pontificale, traversa, devant la ville, un bras du Rhône et se réfugia
dans l'île dite du Mouton. Les gens du pape y abordèrent en même temps
que le criminel, s'emparèrent de sa personne et le pendirent sur place
à une potence dressée par leur ordre. Le cadavre du supplicié fut
inhumé après le délai voulu. Ces faits ne furent rapportés que
longtemps après aux officiers du roi de France, qui accusèrent les gens
du pape d'avoir empiété sur les droits seigneuriaux du roi; les
officiers du pape alléguèrent, pour leur défense, qu'ils n'avaient pas
l'intention d'usurper la juridiction royale, mais qu'ils avaient cru
devoir débarrasser la contrée d'un homme dangereux. Les juges royaux
n'insistèrent pas; mais pour que ce précédent ne pût être invoqué plus
tard contre les droits de leur souverain, ils se transportèrent à leur
tour dans l'île du Mouton, y procédèrent contre le supplicié, et, après
lui avoir fait un procès en règle, le rependirent, en effigie, à une
potence
aux armes du roi3.
Le droit de haute, moyenne et basse justice, appartenait à la
féodalité; les grands vassaux qui relevaient directement du souverain
«inféodèrent certaines portions de leurs domaines à des vassaux d'un
rang inférieur; et ceux-ci, les imitant, constituèrent également de
nouveaux fiefs, dont ils gardèrent la suzeraineté. En même temps, les
uns et les autres firent cession de leur droit de justice sur ces
portions de territoire, non sans mettre, toutefois, quelques
restrictions à cet abandon, mais limitant plus ou moins l'étendue du
pouvoir qu'ils concédaient
4...
Les fourches patibulaires consistaient en des piliers de pierre réunis
au sommet par des traverses de bois auxquelles on attachait les
criminels, soit qu'on les pendît aux fourches mêmes, soit que,
l'exécution ayant été faite ailleurs, on les y exposât ensuite à la vue
des passants. Le nombre des piliers variait suivant la qualité des
seigneurs: les simples gentilshommes hauts-justiciers en avaient deux,
les châtelains trois, les barons quatre, les comtes six, les ducs huit;
le roi seul pouvait en avoir autant qu'il le jugeait convenable.» Il
pouvait aussi faire supprimer les gibets dont il avait permis
l'établissement. En 1487
5,
«le procureur du roi au Chastelet alla en divers lieux de la prévosté
et vicomté de Paris faire démolir les fourches patibulaires, carquans,
échelles, et autres marques de haute justice, attendu que le roi Louis
XI avoit accordé à plusieurs droit de haute justice, qui fut révoqué
par Édit de révocation générale de tous dons de portion du domaine
aliéné depuis le deceds de Charles VII que fit publier Charles VIII à
son avènement à la couronne.»
Les fourches patibulaires, dit Loyseau
6,
étaient placées au milieu des champs, près des routes et sur une
éminence. En effet, beaucoup de lieux élevés, en France, dans le
voisinage des abbayes, des résidences seigneuriales, ont conservé le
nom de la
Justice, la
grande Justice.
Certains gibets étaient faits de bois, se composaient de deux
poteaux avec traverse supérieure et contre-fiches; mais nous n'avons
pas à nous occuper de ceux-ci, qui n'ont aucun caractère monumental.
Parmi les gibets renommés, pouvant être considérés comme des édifices,
il faut citer en première ligne le gibet de Montfaucon. Sauval dit que,
«dès l'an 1188 et peut-être auparavant, il y avait un lieu patibulaire
sur le haut de Montfaucon... Montfaucon, ajoute-t-il, est une éminence
douce, insensible, élevée, entre le faubourg Saint-Martin et celui du
Temple, dans un lieu que l'on découvre de quelques lieues à la ronde.
Sur le haut est une masse accompagnée de seize piliers
7,
où conduit une rampe de pierre assez large, qui se fermoit autrefois
avec une bonne porte. La masse est parallélogramme, haute de deux à
trois toises, longue de six à sept, large de cinq ou six, terminée
d'une plateforme, et composée de dix ou douze assises de gros quartiers
de pierres bien liées et bien cimentées, rustiques ou refendues dans
leurs joints. Les piliers gros, quarrés, hauts chacun de trente-deux à
trente-trois pieds, et faits de trente-deux ou trente-trois grosses
pierres refendues ou rustiques (à bossages), de même que les
précédentes, et aussi bien liées et bien cimentées, y étoient rangées
en deux files sur la largeur et une sur la longueur. Pour les joindre
ensemble et pour y attacher les criminels, on avoit enclavé dans leurs
chaperons deux gros liens de bois qui traversoient de l'un à l'autre,
avec des chaînes de fer d'espace en espace. Au milieu étoit une cave où
se jettoient apparemment les corps des criminels, quand il n'en restoit
plus que les carcasses, ou que toutes les chaînes et les places étoient
remplies. Présentement cette cave est comblée, la porte de la rampe
rompue, ses marches brisées: des pilliers, à peine y en reste-t-il sur
pied trois ou quatre, les autres sont ou entièrement ou à demi ruinés.»
Bien que Sauval ne nous dise pas à quelles sources il a puisé ses renseignements, divers documents
8 établissent l'existence d'un gibet à Montfaucon, au moins dès le XIII
e
siècle.--Un acte d'accommodement du mois de septembre 1233 entre le
prieur de Saint-Martin-des-Champs et le chapitre de Notre-Dame contient
le passage suivant:... «
Quatuor arpenta et dimidium quarterium juxta
pressorium combustum, duo arpenta et dimidium quarterium circa gibetum,
quatuordecim, arpenta...»--Un acte de vente du mois de juin 1249:... «
Super tribus arpentis vince site juxta pressorium sancti Martini prope gybetum, in censiva ejusdem capituli...
9»
Il résulte de ces deux actes que, dans les années 1233 et 1249, ajoute
M. de Lavillegille, il existait un gibet sur le territoire du Cens
commun: or le gibet de Mont-faucon se trouvant précisément dans cette
censive, c'est évidemment de lui dont il est parlé. Dans le roman de
Berthe aux grans piés,
qui date de 1270 environ, il est question d'un certain Tibot pendu aux
fourches de Montfaucon. Il y a donc lieu de croire que Pierre de Brosse
ou Enguerrand de Marigny, auxquels on attribue la construction des
fourches de Montfaucon, n'ont fait que les réparer ou les reconstruire.
L'ouvrage en pierres de taille à bossages dont parle Sauval ferait
croire que cet édifice avait été entièrement refait au commencement du
XIV
e siècle ou à la fin du XIII
e, ce genre
d'appareil étant fort usité alors pour les bâtisses civiles. Ce gibet
monumental était situé à côté de l'ancien chemin de Meaux, non loin de
la barrière du Combat
10.
Comme le fait observer M. de Lavillegille, les seize piliers de
l'édifice de Montfaucon étaient encore réunis (ce que Sauval n'explique
pas et ne pouvait indiquer clairement, puisque de son temps le gibet
était ruiné) par des traverses en bois intermédiaires. Louis X «...
commanda pendre et étrangler Enguerrant à la plus
haulte traverse de boys du gibet de Paris. Paviot fut puny de pareille punition, excepté qu'il fut attaché
au-dessous de Enguerrant
11.»
La tapisserie de l'Hôtel de ville de Paris (plan de Paris) indique le
gibet de Montfaucon avec trois traverses de bois. De plus, Sauval, dans
les
Comptes et ordinaires de la prévôté de Paris (t. III, p. 278), donne la pièce suivante, qui est importante (1425, Charles VII):
«oeuvres et réparations faites en la grande Justice de Paris. À ...
pour avoir fait en ladite Justice les besognes cy-après: c'est à
sçavoir, avoir pellée et découverte la terre au pourtour des murs qui
font closture de ladite Justice, quarante pieds loing d'iceux murs: et
si ont découverte et blanchie la place qui est dedans icelle closture,
et aussi ont blanchi tous lesdits murs et les pilliers et poultres
d'icelle Justice, tant dehors comme dedans, à chaux et colle et ...
chaux, colle, croye (craie), et eschafaux, peines d'ouvriers pour ce
faire, etc.
«À... tailleurs de pierres et maçons, pour avoir fait arracher
plusieurs vieux carreaux (de pierre) qui estoient rompus et froissés,
tant ès pilliers cormiers (d'angle), comme ès pilliers estraiefs
(intermédiaires), et ès murs qui font closture au pourtour de la
closture d'icelle Justice; et en lieu d'iceux y avoir mis et assis
quarante carreaux doubles (boutisses) et un cartron de parpaings de la
pierre du blanc caillou, et rétabli plusieurs trous qui estoient esdits
murs par dehors oeuvre, et empli de plastre tous les joints desdits
murs, et pour avoir désassis et rassis tous les entablemens de pierre
qui sont sur lesdits murs au pourtour de ladite Justice, et fait deux
eschiffes de mur qui sont d'un côte et d'autre de l'entrée d'icelle
Justice, et désassises et rassises les marches de taille qui sont en
icelle entrée, de dessellées quarante-huit vieilles poultres qui ont
été otées et descendues d'icelle Justice, et en scellées quarante-huit
autres qui y ont été mises neuves, et mis deux coings de pierre en l'un
des pilliers estraiefs, au lieu de deux autres qui estoient usés et
mangés d'eau et de gelée, dont pour ce avoir fait, ils doivent avoir,
etc.»
En 1466, nous lisons dans les mêmes
Comptes (p. 389) ce
passage: «À la grant Justice de Paris furent attachées et clouées
cinquante deux chaînes de fer pour servir à pendre et étrangler les
malfaiteurs qui en icelle ont été et seront mis par ordonnance de
justice.» En 1485, le gibet de Montfaucon menaçait ruine, car les
Comptes de la prévôté
contiennent cet article (p. 476): «et fut fait aussi un gibet joignant
le grand gibet, qui est en danger de choir et tomber de jour en jour.»
Les condamnés étaient suspendus aux traverses au moyen d'échelles
auxquelles ils devaient monter, précédés du bourreau. «Huit grandes
échelles neuves mises en la Justice patibulaire de Montfaucon
12.»
Ces échelles dépassaient chaque traverse de manière à ce que le patient
eût la tête à la hauteur voulue; le bourreau, monté sur le haut de
l'échelle, lui passait la chaîne autour du cou, et, descendant,
retirait l'échelle.
Voici donc, d'après la description de Sauval et les documents graphiques
13, le plan (1) en A des fourches patibulaires de Montfaucon. Vu leur hauteur (10
m,00
au moins), les piliers ne pouvaient pas avoir moins d'un mètre de
diamètre; les seize piliers, rangés «en deux files sur la largeur et
une sur la longueur,» devaient laisser quinze intervalles entre eux de 1
m,50 sur le grand côté et de 1
m,20
sur les deux petits. Il ne pouvait donc y avoir qu'une chaîne à chaque
traverse des petits côtés et deux au plus entre celles du grand. Les
traverses étant au nombre de trois, cela faisait soixante chaînes.
Ainsi s'explique le nombre de cinquante-deux chaînes neuves fournies en
1466; peut-être en restait-il quelques-unes anciennes pouvant servir.
Les traverses étaient nécessairement doublées, tant pour fixer les
chaînes que pour permettre au bourreau de se tenir dessus, et pour
étrésillonner convenablement des piles aussi hautes. Il fallait donc
quatre-vingt-dix traverses ou soixante seulement, si les traverses
basses étaient simples. La fourniture de quarante-huit traverses neuves
faite en 1425 n'a donc rien qui puisse surprendre.
La hauteur des piles (en admettant que la tapisserie de l'Hôtel de
ville indique une traverse de trop) ne peut laisser de doutes sur le
nombre de ces traverses. On n'aurait pas élevé des piles de plus de dix
mètres de hauteur pour ne poser qu'une traverse supérieure et une seule
intermédiaire, car il y aurait eu ainsi des places perdues en hauteur;
or il est certain qu'on tenait à en avoir le plus grand nombre possible.
On voit, en B, sur le plan A, le caveau indiqué en pointillé, avec
son orifice C, destiné à jeter les corps et débris, et sa porte de
vidange D. En E est tracée la coupe faite sur
ab montrant le
degré, avec les murs d'échiffre réparés en 1425, et la porte, munie de
vantaux, dont parle Sauval. On dressait les échelles au moment des
exécutions, et celles-ci étaient vraisemblablement déposées sur la
plate-forme.
Parfois la cave destinée à servir de dépôt pour les restes des
suppliciés se trouvait tellement encombrée, la plate-forme jonchée de
débris, les chaînes garnies d'ossements, qu'il fallait faire une
vidange générale et enterrer ces restes corrompus ou desséchés. Cette
opération était nécessaire, par exemple, lorsqu'il fallait remplacer
les poutres, ce qui avait lieu assez fréquemment.
Au bas de l'éminence sur laquelle s'élevait le gibet de Montfaucon
vers le couchant, une croix de pierre avait été dressée, disent
quelques auteurs, par Pierre de Craon, en mémoire de l'ordonnance que
ce seigneur avait obtenue de Charles VI en 1396, et par laquelle des
confesseurs étaient accordés aux condamnés. Mais cette croix semblerait
plutôt avoir été placée là, en 1403, à la suite de l'exécution de deux
écoliers de l'Université ordonnée par le prévôt de Paris. En effet,
Monstrelet
14
rapporte ainsi le fait: «...Messire Guillaume de Tigouville, prévost de
Paris, feit exécuter deux des clercs de l'Université: Est à sçavoir: un
nommé Legier de Monthilhier, qui estoit Normant; et l'autre nommé
Olivier Bourgeois, qui estoit Breton: lesquels estoient chargez d'avoir
commis plusieurs larcins en divers cas. Et pour ceste cause nonobstant
qu'ils fussent clercs, et qu'en les menant à la justice criassent hault
et clair,
clergie, affin d'estre recoux; neantmoins (comme il
est dit) furent exécutez et mis au gibet; et depuis par les pourchats
de l'Université, fut iceluy prévost privé de tout office royal. Et avec
ce fut condamné de faire une croix de pierre de taille, grande et
eslevée, assez près du gibet, sur le chemin de Paris; où estoient les
images d'iceux deux clercs, entaillées. Et outre les feit despendre
d'iceluy gibet, et mettre sur une charrete couverte de noir drap: et
ainsi accompaigné de ses sergens et autres gens portant torches de
cire, allumées; furent menez à S. Mathurin et là rendus par le prévost
au recteur de l'Université...»
Nous donnons (2) une vue de cet édifice du côté de l'arrivée faisant
face au sud-ouest. Le degré étant placé, bien entendu, par derrière,
les condamnés étaient amenés sur la plate-forme après avoir fait le
tour du massif de maçonnerie. En bas de notre figure est placée la
croix de Guiliaume de Tigouville, indiquée d'ailleurs dans la
tapisserie de l'Hôtel de ville.
La figure 3 présente le gibet du côté de l'entrée.
Il ne paraît pas qu'il ait existé sur le territoire de la France
d'autres fourches patibulaires d'un aspect aussi monumental. À Paris,
elles n'étaient pas les seules: il existait un gibet hors de la porte
Saint-Antoine, un sur le terrain de la Cité derrière l'Évêché, un sur
l'emplacement occupé aujourd'hui par l'extrémité occidentale de la
place Dauphine, un aux Champeaux, un derrière les jardins des
Petits-Augustins, à peu près à la hauteur de la rue Saint-Benoît, et
qui se trouvait sur les terrains de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. Ce
dernier gibet, comme beaucoup d'autres, se composait de quatre piliers
de pierre avec quatre traverses de bois. Il est figuré dans la
tapisserie de l'Hôtel de ville et dans le grand plan de Mérian.
D'autres encore se composaient de deux piles avec une seule traverse,
ou de trois posées aux angles d'un triangle équilatéral avec trois
traverses de couronnement. L'aspect hideux de ces édifices, l'odeur
empestée qui s'en exhalait n'empêchaient pas l'établissement de
cabarets, de courtilles et de lieux de débauche dans leur voisinage.
«Pour passer temps joyeusement,
Raconter vueil une repeue
Qui fut faicte subtillement
Près Montfaulcon, c'est chose sçeüe,
...
Tant parlèrent dn bas mestier,
Que fut conclud, par leur façon,
Qu'ilz yroyent, ce soir-là, coucher
Près le gibet de Montfaulcon,
Et auroyent, pour provision,
Ung pasté de façon subtile,
Et menroyent, en conclusion,
Avec eulx chascun une fille.
...»15
«Non loin de Montfaucon, dit M. de Lavillegille
16,
se trouvait un autre gibet, plus petit, et qui portait le nom de
Montigny. Construit et démoli à plusieurs reprises, il semble n'avoir
été destiné qu'à suppléer momentanément au grand gibet, lorsque
celui-ci avait besoin de quelques réparations. La première mention du
gibet de Montigny remonte à l'année 1328. Il n'existait plus au
commencement du XV
e siècle, puisqu'en 1416 il fallut
construire un gibet provisoire, en attendant les travaux que l'on
faisait à Montfaucon.» Ce gibet consistait en quatre poteaux de bois
d'un pied d'équarrissage et de vingt pieds environ de hauteur, engagés
à leur pied dans un mur d'appui de deux pieds d'épaisseur et d'autant
de hauteur environ. Quatre traverses réunissaient la tête des quatre
poteaux
17.
Les fourches patibulaires servaient de lieu d'exposition pour les
condamnés exécutés en d'autres lieux et qui même n'avaient point été
pendus. Les corps des décapités étaient enfermés dans un sac; on
exposait aussi aux gibets les suicidés, des mannequins figurant des
condamnés par contumace. Le cadavre de l'amiral de Coligny fut suspendu
au gibet de Montfaucon par les pieds. L'Étoile rapporte que Catherine
de Médicis, «pour repaître ses yeux, l'alla voir un soir et y mena ses
fils, sa fille et son gendre.» Depuis lors ces fourches patibulaires ne
servirent guère aux exécutions ou expositions. Sauval cependant dit y
avoir encore vu des cadavres, bien qu'alors cet édifice fût en ruines.
Les fourches patibulaires ne servaient pas seulement à pendre des
humains, on y suspendait aussi des animaux, et notamment des porcs,
condamnés à ce genre de supplice à la suite de jugements et arrêts
rendus pour avoir dévoré des enfants. (Voy. à ce sujet la brochure de
M. E. Agnel,
Curiosités judiciaires et historiques du moyen âge.
Paris, 1858. Dumoulin.) En cas pareil, les formalités judiciaires du
temps étaient scrupuleusement suivies, et, comme il était d'usage de
pendre les condamnés vêtus de leurs habits, on habillait les animaux
que l'on menait au gibet. « En 1386, une sentence du juge de
Falaise condamna une truie à être pendue pour avoir tué un enfant.
Cette truie fut exécutée sur la place de la ville, en habit d'homme...
18»
En 1314
19,
un taureau qui avait tué un hommé fut jugé et pendu aux fourches
palibulaires de Moisy-le-Temple. Il y eut appel de la sentence. Le
jugement fut trouvé équitable; mais il fut décidé que le comte de
Valois n'avait aucun droit de justice sur le territoire de Moisy, et
que les officiers n'auraient pas dû y instrumenter
20.
À chascun le sien, c'est justice:
À Paris, seize quarteniers:
À Montfaucon seize pilliers,
C'est à chacun son bénéfice.
Seize, Mont-faucon vous appelle,
À demain, crient les corbeaux,
Seize pilliers de sa chapelle
Vous seront autant de tombeaux.
(
Satyre Ménippée.)